La presse a découvert et repris un article particulièrement choquant (par rapport aux paroles du président de la Roumanie envers la France), écrit par Nicușor Dan, actuel président de la Roumanie, et publié en 2002 dans Dilema Veche, une revue destinée aux intellectuels.

Je cite, au hasard, des propos véritablement irrespectueux et choquants, au mauvais sens du terme, qui décrivent son DEA et son doctorat à Paris :

« J’ai eu quelques relations avec des Françaises. Toutes prévisibles du début à la fin. Elles prenaient de moi la part comme il faut, tandis que l’originalité et la folie glissaient quelque part dans le vide. Le plus frustrant, le jeu de la séduction, n’avait pas la complicité des partenaires que je connaissais : tout était complètement explicite.

(« Les mathématiques, m’expliquait mon tuteur à l’École normale, c’est comme avec les filles. Tu parles de choses banales au début, puis de choses moins banales, tu te rapproches lentement… mais ce n’est pas du tout mon style. »)

(Je ne peux pas m’empêcher de le dire : au début, je n’avais en réalité aucun succès et, pour nous stimuler, j’ai fait un pari avec un bon ami de 100 francs ; devait gagner le premier d’entre nous qui conquérirait une Française, et même 200 francs si elle était directrice d’études.) »

Ou encore, pire :

« (Lors d’une réception à l’ambassade de Roumanie, j’ai dit à Matei Vișniec qu’en dehors des mathématiques qu’elle m’offrait, la France ne m’intéressait pas.)

“Tu te trompes. Si tu es ici, essaie de la comprendre. Si tu as acheté une pute, baise-la”, a-t-il expliqué. »

Ces passages ont été écrits par le président Nicusor Dan lui-même dans cet article, y compris la reprise des paroles de Matei Vișniec, écrivain et journaliste à Radio France Internationale, à Paris.

Je pense que le président devrait présenter rapidement des explications ainsi que des excuses à la France, aux Françaises et aux Français, et à son ancienne directrice d’études, d’autant plus qu’il doit à la France l’essentiel de son parcours académique, avec un DEA et un doctorat obtenus sans avoir achevé ses études de licence en Roumanie.

Vous trouverez ci-dessous le texte intégral de l’article écrit par le président de la Roumanie, Nicușor Dan, en 2002, publié dans Dilema Veche et traduit en français par mes soins:

« Six années à Paris, professionnelles et sentimentales

J’ai étudié les mathématiques à Paris entre 1992 et 1998. Durant cette période, j’y ai effectué le master et le doctorat.

C’est un plaisir de me rappeler qui j’étais en 1992. Je n’allais pas beaucoup en cours. J’essayais de parcourir la matière en condensant quelques jours de sessions intensives. Le reste du temps, je faisais des mathématiques sept heures par jour. J’étais convaincu qu’à cette époque j’allais devenir le plus grand mathématicien du monde. J’habitais à Grozăvești. J’avais une Dacia 1100, qui avait vingt ans et qu’il fallait pousser pour la démarrer. Je regardais des films à la Cinémathèque et au Proletarul. Je ne manquais aucune fête à Grozăvești ou à la Regie. J’avais beaucoup de succès auprès des étudiantes en chimie. Tout m’était dû. J’étais heureux.

J’ai accepté la bourse sans trop de conviction. Dans ma décision a compté la dette de quelques centaines de dollars que j’avais au foyer. J’étais de toute façon décidé à ne rester qu’un an en France et, avec l’argent économisé, à faire la fête à Grozăvești pendant les deux ou trois années suivantes (le rapport des prix entre la France et la Roumanie était très élevé en 1992).

Le professionnel

Le contact avec l’école française a été choquant. Les cours de master étaient très denses et leur assimilation exigeait un effort continu. Le professeur réussissait à transmettre la différence entre l’essentiel et le détail. Durant l’année de master, j’ai appris deux fois plus que pendant les trois années passées à Bucarest. J’ai rapidement compris que je perdais énormément de temps avec les olympiades de lycée. J’étais déjà fatigué par la comparaison avec les collègues français, qui avaient eu un lycée plus léger et manifestaient désormais un enthousiasme pour les mathématiques que je n’avais plus depuis la première année de lycée.

Je ne suis pas rentré en 1993, par conscience professionnelle. Je suis revenu en 1998, convaincu que je pourrais faire en Roumanie les mêmes mathématiques que j’aurais pu faire en France.

Je profite de l’occasion pour ouvrir une parenthèse. L’enseignement supérieur roumain a deux grands problèmes, étroitement liés : l’orientation vers la recherche des étudiants performants et la perte des meilleurs étudiants. Ma conviction est que les universités existantes sont trop rigides pour résoudre ces problèmes au cours des dix à vingt prochaines années. C’est pourquoi je participe, avec un groupe de collègues, à la création de l’École normale supérieure de Bucarest, une structure universitaire complémentaire et souple, qui se donne pour objectif de résoudre les deux problèmes énoncés.

Le sentimental

Sur le plan sentimental, la France a été, de 1992 à 1998, exactement comme je l’avais imaginée avant de partir. Les soirées françaises m’ennuyaient à mourir. Elles étaient prévisibles et bien organisées : les gens savaient pourquoi ils étaient venus, jusqu’à quelle heure ils allaient rester et ce qu’ils allaient y faire.

Face aux soirées de Grozăvești, qui étaient de véritables explosions d’improvisation, j’ai vite renoncé et j’ai organisé nos propres soirées (dans la cuisine). Je me souviens que, certains matins de fête, nous jouions au football dans la salle, tandis que nea Romica nous chantait « Zaraza » à l’accordéon.

J’ai eu quelques relations avec des Françaises. Toutes prévisibles du début à la fin. Elles prenaient de moi la part comme il faut, tandis que l’originalité et la folie glissaient quelque part dans le vide. Le plus frustrant, le jeu de la séduction, n’avait pas la complicité des partenaires que je connaissais : tout était complètement explicite.
(« Les mathématiques, m’expliquait mon tuteur à l’École normale, c’est comme avec les filles. Tu parles de choses banales au début, puis de choses moins banales, tu te rapproches lentement… mais ce n’est pas du tout mon style. »)
(Je ne peux pas m’empêcher de le dire : au début, je n’avais en réalité aucun succès et, pour nous stimuler, j’ai fait un pari avec un bon ami de 100 francs ; devait gagner le premier d’entre nous qui conquérirait une Française, et même 200 francs si elle était directrice d’études.)

Il m’a manqué la connexion à la réalité politique ; les problèmes de la société française me laissaient indifférent. En 1995, mon directeur de thèse m’expliquait combien il perdait à ne pas être citoyen français.
« Je ne peux pas, lui ai-je dit. Regarde, par exemple, maintenant arrivent les élections présidentielles. Eh bien, moi, pour qui est-ce que je vote ? »

Je n’ai pas été un inadapté pleurnichard, mais plutôt un inadapté arrogant. (Je mangeais à la cantine avec une amie qui venait juste d’arriver et qui me disait qu’elle se sentait dépaysée. « Pour moi, lui ai-je dit, ce n’est pas du tout le cas. Nous mangeons ici et nous discutons, et eux, tous ceux autour de nous, sont en trop. »)
Le message que je lui ai transmis de manière continue a été : « Je suis capable de faire tout ce que votre système demande, mais cela ne me suffit pas. »

Je ne sais pas quelle part du refus de m’intégrer est venue de l’obstination et quelle part d’une incompatibilité réelle, et je ne sais pas non plus si je n’ai pas perdu quelque chose à travers ce refus.
(Lors d’une réception à l’ambassade de Roumanie, j’ai dit à Matei Vișniec qu’en dehors des mathématiques qu’elle m’offrait, la France ne m’intéressait pas.)
« Tu te trompes. Si tu es ici, essaie de la comprendre. Si tu as acheté une pute, baise-la », a-t-il illustré.

Je suis rentré

Je n’ai regretté à aucun moment d’être rentré. J’ai retrouvé, frénétiquement en 1998 puis avec plus de modération par la suite, la complicité sentimentale que j’attendais. Il y a de petites choses qui me rendent heureux pendant des semaines entières.
(Une vieille secrétaire sort du bureau à la fin de la journée, fait quelques pas, s’arrête et, par superstition, ne fait plus un seul pas en arrière. Figée à l’endroit où elle s’était arrêtée, elle crie à sa collègue : « Dis donc, Mițo, appelle mon mari et dis-lui de mettre la polenta sur le feu, moi j’ai oublié. »)

Je n’ai plus cependant le bonheur innocent de 1992. Ce qui me dérange surtout, c’est le manque d’implication et de cohésion autour des problèmes qui nous font mal, au sein de la génération dont je fais partie.
Ce qui me dérange tout autant, c’est l’ascension rapide du consumérisme. La jeune génération qui ne parle que de voitures et de dollars par mois m’irrite profondément, et qui se divertit à heure fixe, après le travail.

Une dernière raison pour laquelle je ne regrette pas d’être rentré : l’Occident te retire la liberté de l’erreur. Moment après moment, le système te remet à ta place, et les chutes sont toujours petites, supportables. Si je devais me rater — et c’est très possible —, j’aurai la satisfaction d’être tombé de très haut ».

Nicusor Dan, Dilema Veche, 2002

L’article écrit et publié par Nicușor Dan dans Dilema Veche a été largement repris par plusieurs publications roumaines au mois de mai 2025, en voici un exemple Viva

Voici d’autres exemples: 09.05.2025: Fanatik, 27.12.2025, Ziarul de Valcea etc…Vous pouvez les retrouver en cherchant sur Google avec les mots-clés : « Șase ani la Paris, sentimental și profesional ».
L’article de Dilema Veche, écrit par le président du pays en 2002, a été largement repris par la presse roumaine.

Le président de la Roumanie devrait présenter ses excuses à la France!

By horea

One thought on “Le président de la Roumanie devrait présenter ses excuses à la France pour cet article qu’il a écrit en 2002”

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